Madame Putiphar, vol 1 e 2. Petrus Borel
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Название: Madame Putiphar, vol 1 e 2

Автор: Petrus Borel

Издательство: Public Domain

Жанр: Зарубежная классика

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СКАЧАТЬ monsieur, passez votre chemin; laissez-moi.

      – Vous laisser! hélas! l’acier peut-il s’éloigner de l’aimant qui l’entraîne?

      – Ayez pitié de moi, monsieur; ne me couvrez pas de honte. N’étoit-ce donc pas assez de vos impiétés dans la maison de Dieu!

      – Mes impiétés?.. je vous adorois, je me croyois au temple d’Amathonte!.. A deux genoux, faut-il que je vous en supplie, ne me repoussez pas. Dès la première fois que je vous vis, miss, votre beauté me frappa, me ravit, m’embrasa du plus ardent amour; j’ai fait de longs efforts pour l’étouffer; je n’étois pas assez présomptueux pour oser aspirer à vous, trésor de perfections; lutte inutile! je n’ai fait qu’enfoncer plus avant la flèche que je voulois arracher. Je le sens bien maintenant, l’amour ne peut se guérir que par l’amour. Ne soyez pas inhumaine, ne soyez pas sourde à tant de passion! un sourire, qui ne soit pas de mépris, un regard, qui ne soit pas de dédain, un mot, qui ne soit pas de colère, et vous verserez un peu de calme et de joie dans l’âme d’un désespéré, et du plus infortuné des amants vous ferez le plus heureux.

      – Monsieur, de grâce, je vous le répète, retirez-vous! Me voici dans la rue que j’habite: voulez-vous me perdre aux yeux du monde, aux yeux de mon époux? Il n’est qu’un homme dangereux et pervers qui puisse ainsi se faire un jeu de l’honneur d’une femme!..

      – Votre honneur m’est aussi cher que le mien, mademoiselle: Dieu me garde de jamais l’entacher, j’en aurois un remords éternel! Je me retire, espérant que cette déférence sera appréciée à son prix, et rendra votre cœur plus miséricordieux pour moi, qui dépose à vos pieds mystère, amour, obéissance.

      Toutefois, le marquis de Villepastour ne s’éloigna point entièrement; il la suivit à quelque distance pour s’assurer de la vérité des rapports de Fitz-Harris. Après l’avoir vue entrer à l’hôtel Saint-Papoul, il continua sa route d’un air de parfait contentement, d’un air presque badin.

      XVI

      A cette même époque, Fitz-Harris reçut de Killarney une lettre de son frère, dans laquelle il lui étoit conté que leur ancien camarade Patrick Fitz-White, disparu du pays, venoit d’être, aux assises, condamné à mort par contumace, et d’être pendu en effigie sur le port de Tralée, pour séduction, assassinat et vol de la fille de lord Cockermouth. Cette affreuse nouvelle, bien loin de causer de l’affliction à Fitz-Harris, je répugne à le dire, n’éveilla en son cœur plein d’envie qu’une secrète joie. Il s’empressa d’acquiescer au jugement calomnieux des juges de Tralée: il éprouvoit trop de plaisir à trouver Patrick coupable pour ne pas ajouter foi à cette incroyable condamnation.

      Aussitôt il communiqua cette lettre à ses camarades intimes, disant à chacun qu’il l’honoroit seul de cette confidence, et qu’il eût ainsi à en garder le secret. Mais, comme lui, touts avoient des confidents, et ces confidents en avoient touts d’autres; si bien qu’en peu de jours ce secret devint, au régiment, le sujet général de la conversation, et parvint aux oreilles de Patrick, qui en fut navré de douleur.

      A la pension des sous-officiers, au dîner, devant touts ses compagnons, il ne put se défendre d’adresser de vifs reproches à Fitz-Harris.

      – Que vous ai-je donc fait, lui dit-il, pour avoir mérité tant de haine ou si peu d’égard? Moi, votre compatriote, moi, votre ami, vous m’avez traité bien méchamment! Ce n’est pas à ces messieurs que vous eussiez dû faire connoître premièrement la lettre que vous avez reçue d’Irlande, c’étoit à moi. Vous eussiez dû mettre au moins plus de circonspection, et ne point vous en rapporter si témérairement au dit-on d’une correspondance. Le fait est-il controuvé, le fait est-il faux? vous l’ignorez. Je dois à la vérité de vous dire, messieurs, qu’il ne l’est pas. Mais il est une chose que vous n’ignoriez point, vous, mon ami, vous, introduit dans mon intimité… Ici, messieurs, pour me laver de l’infâme condamnation qui pèse sur moi, il faudroit que je vous fisse des révélations que l’honneur me défend et me défendra toujours de faire. Il doit être suffisant de vous dire pour vous faire sentir toute l’énormité de ce jugement, que la femme qu’on m’accuse d’avoir assassinée et volée, miss Déborah, comtesse de Cockermouth-Castle, est ma bien-aimée et mon épouse. – La plupart de vous, messieurs, l’ont vue à mon bras.

      Je sais que pour le meurtrier il n’est pas de pitié; je sais que rien n’excite plus notre dépit et notre indignation, que les déceptions d’estime; quand nous sommes désabusés sur le compte d’un homme que nous honorions et que nous cultivions comme vertueux, je sais combien est grande notre colère; je sais que notre devoir est de le démasquer et d’appeler sur lui la réprobation: mais, Fitz-Harris, vous n’avez pu douter un seul instant de moi; vous n’avez pu et vous ne pouvez me croire criminel, non, cela est impossible! Vous à qui mon cœur étoit ouvert comme un livre, quelque effort que vous fassiez pour vous aveugler, pour étouffer la voix qui dans le fond de votre conscience, vous crie que je suis pur et juste! – Je croyois à votre amitié, Fitz-Harris!

      – Messieurs, que pensez-vous de cette complainte? s’écria alors Fitz-Harris d’un air moqueur.

      – Messieurs, que pensez-vous de cette perfidie?.. Harris, je vous accuse de trahison!

      – N’avez-vous pas une épée, Patrick?

      – Messieurs, ceci est un cri de sa conscience: on provoque en duel qui on estime pour son égal, et non point un homme d’opprobre digne de l’échafaud qui le réclame, un assassin!

      Je ne me venge pas avec le fer, Fitz-Harris!

      – Vous vous battrez!

      – Je ne me bats pas.

      – Alors vous m’égorgerez au détour d’une rue.

      – Je ne me venge pas avec le fer.

      – D’une heure à autre, Fitz-Harris, l’estime et l’amitié que je porte à un homme ne se détruisent pas: mon amitié se fonde sur de l’estime, mon estime sur de nobles qualités, et les nobles qualités, vous le savez, ne sont ni passagères ni volages. Parce qu’un ami dans un moment d’erreur m’a blessé, cet ami n’est pas moins, en dehors de cette faute toute personnelle, avant comme après, à mes yeux comme aux yeux de touts, un galant homme, rempli de bons sentiments et digne d’être estimé. L’amour et l’amitié ont un flux et reflux de peines et de plaisirs, de maléfices et de bénéfices: j’aurois le plus profond mépris pour moi-même, si mon amour ou si mon amitié croissoit et décroissoit suivant ce flux et ce reflux, s’ils n’étoient pas, une fois donnés, inaltérables.

      Fitz-Harris, déconcerté, ne répliqua pas à ces dernières paroles; il se fit seulement quelques chuchotements indécents autour de la table.

      Le bruit se répandit bientôt dans la caserne, et Fitz-Harris contribua de touts ses efforts à l’accréditer, que Patrick avoit refusé de se battre, que Patrick étoit un lâche qu’il étoit impossible de faire aller sur le terrain. Non content d’en faire un poltron, on en fit un sot: la scène du dîner fut falsifiée et ridiculisée et devint un thême de dérision.

      XVII

      Le marquis de Gave de Villepastour étoit fort inconstant dans ses goûts satisfaits, mais très-fidèle à ses désirs. Quelques jours après la messe de Saint-Germain-des-Prés, résolu à faire une nouvelle algarade, et sans autres justes motifs, ayant condamné Fitz-Whyte aux arrêts, il s’enveloppa d’un manteau qui le déguisoit parfaitement, et vint à l’hôtel Saint-Papoul, sonner à la porte СКАЧАТЬ